les abords de l’indicible: Caspar David Freidrich

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les abords de l'indicible; Caspar David Freidrich

Le vagabond au-dessus d’une mer de brouillard

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les abords de l’indicible; Michaux et la mescaline

AU-DELA DE LA PREFERENCE
dans l’enchantement de la pureté absolue
là où l’impureté ne peut être ni conçue,
ni sentie, ni avoir de sens
j’entendais le poème admirable, le poème grandiose
le poème interminable
le poème aux vers idéalement beaux
sans rimes, sans musique, sans mots
qui sans cesse scande l’Univers.
 
Henri Michaux, L’infini Turbulent, Expérience III.

Saint Augustin, le temps et l’indicible

Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais. Mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus. Pourtant, je le déclare hardiment, je sais que si rien ne passait, il n’y aurait pas de temps passé ; que si rien n’arrivait, il n’y aurait pas de temps à venir; que si rien n’était, il n’y aurait pas de temps présent. Comment donc, ces deux temps, le passé et l’avenir, sont-ils, puisque le passé n’est plus et que l’avenir n’est pas encore ? Quand au présent s’il était toujours présent, s’il n’allait pas rejoindre le passé, il ne serait pas du temps, il serait l’éternité. Donc, si le présent, pour être du temps, doit rejoindre le passé, comment pouvons nous déclarer qu’il est aussi, lui qui ne peut être qu’en cessant d’être ? Si bien que ce qui nous autorise affirmer que si le temps est, c’est qu’il tend à n’être plus.

Les Confessions, Augustin d’Hippone (trad. J.Trabucco), éd. Garnier-Flammarion, 1964, chap. 4, Livre XI, p. 264

Pourquoi l’indicible?

Tout d’abord il y eu la surprise, l’étonnement, des esquives imprévues du corps ou de l’esprit, un état contemplatif inattendu. C’est aux abords de ces sensations que je découvrait l’indicible ou que tout du moins j’y faisait maintenant attention. Cet état semblait liée à un face a face avec l’incertitude et promettait un sentiment de plénitude souvent furtif et parfois persistant. Mais ce qu’il est échappe grandement aux constructions de l’esprit.

Peu a peu, je découvrais qu’on l’avait nommé « sentiment océanique », l’Un ou vide, qu’il était présent dans la mystique, la religion, la philosophie, la poésie et dans des romans. J’en appréciais certaines évocations, d’autres me semblaient lui voler sa légèreté et sa douceur.

L’indicible ne peut être une part de la réalité, une part d’imaginaire, un mélange de vide et d’imaginaire car il serait alors saisissable par l’entendement. Pour être insaisissable , il devait avoir des abords qui nous permettre de s’en rapprocher sans pour autant avoir de bords qui permettraient de le toucher ou de le représenter. Il était dès lors soit du tout soit du rien.

Il reste donc à explorer les abords du tout et du rien…